20 septembre 1937. Paul Saillard a vingt ans quand il part « faire son service ». Tout frais sorti de l’Ecole Normale d’Instituteurs, il sait qu’il doit donner deux ans de sa jeunesse à la Nation… Deux ans, dont les derniers mois sur les rives de la Meuse. Car pendant que ce temps passe, les bruits de guerre enflent en Europe, et après l’espoir insensé des accords de Munich, la guerre est déclarée le 7 septembre 1939, deux semaines avant la fin de « son temps » ; il passe sans transition de l’active à la réserve.

Et commence « la drôle de guerre ».

 

Dans les Ardennes où il est cantonné, comme ailleurs, l’invincible armée française «  modèle 1918 » attend de pied ferme, attend, attend, pendant des mois. Et puis brutalement début mai 40, en quelques jours, l’insolente supériorité aérienne et mécanique de l’armée d’Hitler balaye ces défenses obsolètes et jette en vrac sur les routes de Belgique et du nord de la France civils et militaires désemparés. Après plusieurs semaines d’errance épuisante à la recherche des structures de l’armée française, Paul et une poignée de compagnons arrivent près des côtes de la Mer du Nord ; trop tard, la nasse de Dunkerque est déjà refermée ; et c’est encadrés de soldats allemands qu’avec tant d’autres il « refait le chemin à l’envers », au bout duquel l’attendent cinq longues années au fond de l’actuelle Pologne, tout près de la frontière lituanienne, dans le Mazurenland dont il nous dit que c’est un beau pays…                 

Cinq années de travail forcé de prisonnier…

 

Le récit qu’en fait Paul Saillard quelques années après est remarquable de distance ; ses souffrances que partagent avec lui tous ses compagnons sont dites sans misérabilisme et sans flagornerie ; ce n’est pas l’histoire d’un héros, mais bien celle d’un homme victime de l’Histoire qui témoigne de sa détermination à tenir malgré tout, parce que tout ça finira bien un jour, et que ce jour-là, il veut vivre, revoir « la Couplière » - le ruisseau de son enfance - !

 

Un récit rempli d’anecdotes, rarement drôles, mais le plus souvent poignantes, certaines terribles, de cette période de l’Histoire où la vie d’un homme ne valait pas grand-chose, où l’on pouvait se faire tuer pour avoir osé réclamer un bol de soupe, où chaque instant était marqué au signe de la survie.

 

En publiant l’histoire simple et humble, mais combien forte, de Paul Saillard, je rends hommage « aux petits, aux sans grade »  jetés aux quatre vents de l’histoire par la folie des hommes.

 

Merci à Paul Saillard de se mettre ainsi, parmi d’autres,

au service de l’Humain et de la Paix.

 

Michel Lebonnois

 

 

L’écume du passé

Fait fleurir dans ma gorge

Ce pommier que j’avais

Jadis déraciné.

 

 

 

“A l’aube d’un couloir

D’un couloir du temps”…,

Cédric s’est éloigné très tôt

“ du sentier,

Du sentier natal.”

Pour assouvir

Sa passion d’enfant pour la musique.

 

Pour dire son ennui, ses rêveries,

Ses émois,

Vivre malgré tout son adolescence,

Cédric écrit.

 

Sa vie , c’est la Musique.

Et dans ce qu’il écrit,

Les mots deviennent musique,

Choisis pour le son

Qu’ils rendent sous sa plume

Comme la corde sous l’archet.

Au risque de cette fantaisie

Qui finalement

Construit la poésie.

 

Des textes profonds,

Où s’expriment

Une sensibilité,

Une sensualité,

Une tendresse,

Exacerbées par

Le manque,

La solitude.

Une poésie forte,

Qui révèle

Au fil du temps

Une recherche de forme

En toute liberté.

 

 

Ecoutons chanter les mots…

 

Michel Lebonnois –

 « Les cahiers du Cotentin »

«  Le DIAPASON DU RÊVE »  Analyse rapide

 

1-       d’abord un récit de vie, LA CHRYSALIDE , où se développe l’inéluctable décalage entre le désir de service fondé sur une sensibilité particulière au message évangélique et la rigidité d’une institution perçue comme préoccupée d’abord de son pouvoir, dans laquelle il se heurte à une incompréhension de plus en plus pesante de sa volonté d’être « du monde ».

 

Mûrit alors sa décision de prendre une autre route, sans rien renier de son désir de service, ni de son attachement à la personne de Jésus-Christ. Les mots qu’il emploie, s’ils sont parfois ironiques parce qu’ils portent l’expression d’une souffrance, sont toujours respectueux des hommes qui font l’institution, même quand les désaccords consomment la rupture avec la déférence trompeuse à une fonction  liée d’abord à un pouvoir.

 

2-       un chapitre très court, LE VOL DU LEPIDOPTERE, mais qui est le cœur du livre ; il s’y révèle toute l’émotion de l’ouverture douloureuse mais émerveillée à la vie dans le monde, du travail et des relations humaines débarrassées des artifices. Ces quelques pages sont lourdes d’un affectif refoulé pendant quarante ans, de ces moments où la souffrance et l’affectueux respect peuvent se dire avec ses proches,  où il va au bout du risque de sa décision de marcher dans le monde quand il rencontre celle qui est aujourd’hui son épouse.

 

3-  Une troisième partie enfin, LE TEMPS DE BUTINER, où il explique sans se justifier son choix « de rejoindre la condition commune, sans tricher », où s’exprime la profondeur de la réflexion philosophique et théologique qui reste l’aliment intellectuel de sa recherche du « sens de sa vie », où il justifie son attachement « à cette foi là plutôt qu’une autre » ; les dernières pages sont un appel aux laïcs à vivre autrement leur référence à Jésus, qui ne trahit pas une ligne du message évangélique. On y trouve de nombreuses références à l’intérieur, à la frange et en dehors de l’institution qui continuent d’être source de force, et aussi de foi, pour lui.